mercredi 27 juillet 2011

Un conte coréen: Le Pot Magique

Il était une fois un pauvre paysan qui bêchait son champ, quand soudain il entendit quelque chose qui résonnait sous ses coups de pioche. 


Il creusa doucement autour et découvrit une grande amphore enfouie sous la terre. C’était un grand pot de la grandeur d’un tonneau, semblable à ceux dans lesquels les paysans conserve leur blé, leur eau ou leur choux fermenté appelé Kimchi.
Le pot était légèrement fendu, mais pour ce pauvre paysan, il pouvait se révéler encore utile, ainsi décida t-il de le conserver. Il l’emporta donc chez lui et le déposa dans sa cour ; éreinté par sa journée de labeur, il déposa sa pioche dans le pot et partit souper…
Tôt le lendemain matin, il vint reprendre sa pioche pour partir au champs. Ce fut alors une grande surprise que de voir sortir de la cruche une deuxième pioche rigoureusement identique à la première. Il prit alors cette deuxième pioche et une troisième apparut dans le pot ! Quel miracle se dit-il !
Il jeta alors une pièce dans le pot, puis la reprit, et aussitôt une autre apparut à sa place… Et ce phénomène étrange se répéta avec tout ce qu’il introduisit dans le récipient : sa chemise, son pantalon et ses sandales de paille.
« Ma femme, vient vite voir ! » s’exclama-t-il joyeusement. Et il lui montra les miracles de la cruche magique



Maintenant, ils ne connaissaient plus la misère : quelques poignées de riz dans le pot suffisaient à faire des provisions, comme pour le soja, les œufs et les poules…
Mais la nouvelle du pot magique finit par se répandre très vite dans la région et bientôt, il n’y eu plus une seule personne qui n’enviât au paysan, son précieux trésor.
Quelques jours plus tard, celui-ci reçut la visite du fermier le plus riche du village, un homme avare et jaloux qui le questionna : 
« Où as-tu trouvé ce pot ? »
« Dans mon champs » répondit le paysan.
« Alors ce pot m’appartient ! » proclama le riche fermier avec autorité.
« Comment cela ? Je l’ai déterré dans mon champ… » protesta la paysan !
« Tu sais que ce champ appartenait  à l'origine  notre famille. Tu ignores par contre que c'est mon grand-père qui a enterré ce pot à l'époque des guerres. Je l'avais oublié moi aussi, et je t'ai vendu ce champ. Certes, la terre t'appartient,  mais le pot est a moi ! »                                                               
Ainsi se querellèrent-ils pendant des heures, mais chacun campa sur ses positions. Ils décidèrent donc d'aller soumettre leur différend au préfet.                  
Celui-ci les écouta, fit apporter le pot et vérifia personnellement son pouvoir magique. Il était réel en effet : l'objet déposé dans le récipient se multiplia.    
« Il me faut ce pot ! » se dit le préfet qui s'imaginait déjà comment, avec une seule pièce d'argent, il pourrait en obtenir des milliers. Alors il se tourna vers les deux hommes qui attendaient impatiemment son verdict, et proclama d'un ton péremptoire :                                                                        
« Quand vous ne possédiez pas ce récipient bizarre, vous viviez dans la paix et l’harmonie. Aujourd'hui, il est difficile de vous arbitrer, car chacun a raison à sa manière. Aussi, quel que soit mon verdict, celui qui n'obtiendra pas le pot se sentira lésé et votre querelle  se poursuivra indéfiniment. C'est pourquoi, dans l'intérêt même de l'ordre public, et en vertu de mon autorité, je confisque le récipient, qui revient donc à l'administration. »
C'est en vain que le paysan fit valoir son bon droit et son voisin envieux, ses prérogatives. Tous deux furent contraints de repartir les  mains vides et d’abandonner le pot au préfet.
                                         
Illustration Joseph Kremlacek
Celui-ci le plaça sur son balcon.
« Que fait ici ce pot fendu ? » s'étonna le père du préfet, qui approchait des 80 ans. Intrigué,  le vieil homme à la stature voutée glissa la tête dans le pot géant, presque aussi haut que lui.  Et comme  il ne voyait pas bien, il monta sur un rondin de bois et se pencha à nouveau. C'est alors  qu’il perdit soudain l'équilibre et tomba la tête la première dans le récipient.
« Aiie ! Au secours ! » cria-t-il.
Heureusement, les serviteurs n'étaient pas loin et ils le délivrèrent rapidement. Mais que se passait-il ? Dans le pot, se blottissait et gémissait un autre vieillard
Ils l’en sortirent lui aussi, mais à sa place apparut un autre, puis un autre, et encore un autre : c’était sans fin,  et avant qu'on n'ait  pu prévenir le préfet, une centaine de vieillards tous identiques étaient  assis sur le balcon. 
Epouvanté, le préfet voulait savoir lequel était son vrai père et appela :
« Père ! »
« Qu'y a-t-il mon fils ? » répondirent  à l'unisson une centaine de bouches.
« Lequel d'entre vous est vraiment mon père ? » s'écria le préfet irrité.
« Moi ! Moi ! » répondirent cent gorges a la fois.
Alors commença un tapage indescriptible.
« Quoi ! Toi, son vrai père ?  Menteur ! Hors d'ici ! »…
Ainsi s'injuriaient-ils et cette querelle ne tarda pas à dégénérer en bagarre. Les vieillards s'agrippaient par les vêtements, se tiraient les cheveux et la barbe. Les gifles et les coups de pieds volaient.
Crack Bling ! Dans la bagarre, les vieillards  en colère heurtèrent involontairement le grand pot, qui tomba et se cassa en mille morceaux. 
« C'est la fin de tout ! » gémit le préfet. En voyant  le récipient brisé, il comprit qu’il ne lui apporterait jamais la richesse. Bien au contraire, il serait désormais contraint de nourrir et de vêtir non plus un seul, mais une centaine de vieillards querelleurs !...


Retranscrit par Vladimir Pucek

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