mardi 15 novembre 2011

Une poétesse et son mariage au 16ème siècle en Corée

Une peinture agrémenté d'un poème de HU ChoHee


Pour leur fille unique, tant de sacrifices de mes parents
Sans désirer lui trouver un parti parmi les hauts fonctionnaires royaux
Ils espéraient simplement la voir aux côtés d’un homme sage et honnête.

Qu’a t-elle fait dans ses vies précédentes, quel est son lourd karma ?  
Celle-ci se retrouve avec un mari infidèle et léger
Liée par le mariage, elle doit être soumise et corvéable  

Ma vie conjugale est une traversée dangereuse sur une fine et fragile couche d'eau gelée.  


Dans l’histoire humaine, très peu de femmes ont pu graver leurs noms sur les tablettes de la postérité. Des femmes dotées d'une intelligence exceptionnelle ou d'un talent singulier ont dû se contenter d’aider leur mari respectif ou de s'effacer derrière lui.
HU ChoHee (son nom de plume est NanSulHun : 1563~1589) en était une. Une femme de lettres du 16ème siècle qui décida de mettre fin à sa vie à l’âge de 26ans.
Mme. Hu fut élevée dans une famille de lettrés et reçu la même éducation que ses frères grâce à son père qui avait l’esprit très ouvert pour son époque. Comme toutes les filles de bonne famille, elle à l’âge de 15 ans, a épousa un garçon d’une famille de haut rang.


Portrait imaginé de Hu ChoHee

Son mari était fort jaloux du talent littéraire de son épouse ainsi que de la renommée de sa belle famille - le père et le frère aîné de Mme. Hu étaient des hauts fonctionnaires royaux très respectés. Le frère cadet de Mme. Hu a écrit un premier roman en alphabet coréen (relatant la vie d’un héro qui se rebelle contre la bonne société établie ; une sorte d’un Robin des bois). La plupart des lettrés de l’époque écrivait en idéogramme chinois ancien. Ils dédaignaient l’alphabet coréen, le considérant une écriture pour les femmes, ou pour les personnes de basse extraction.

Pendant 12 ans de vie conjugale, Mme. Hu a dû supporter un mari infidèle et absent, des beaux-parents froids et la perte de tous ses 3 enfants.

Une peinture faite à l'âge de 10ans.
Elle y a décrit une scène paisible où un père et sa fille regardent un oiseau au ciel

Les poèmes et les correspondances écrites avec ses frères étaient sa seule raison de vivre, et elle pu couché tous ses sentiments sur le papier. Après la mort de son père et de son frère aîné suite à une persécution politique, ainsi que l’exil de son frère cadet (qui l'a soutenu et l’encourageait de poursuivre ses activités littéraires), elle a annoncé dans une lettre sa mort imminente, brûla tous ses écrits (à part ceux qui se trouvaient chez ses parents et des correspondances chez des amis) et se suicida un jour de son 26ème printemps.     

Sa maison natale, maintenant un musée dédié également à son frère cadet. 

Elle aurait souvent dit à ses amis proches qu’elle avait 3 regrets : être née femme, être au Royaume de Joseon (elle ignorait surement qu’ailleurs la situation réservée aux femmes était similaire) et être l’épouse de son mari.   

Face à un mari infidèle, Mme. Hu a su exprimer ses sentiments à travers des poèmes, comme le témoigne ces quelques vers : 

D’or pur et précieux
Mon Norigae avec ce pendentif en forme de demie-lune
Un cadeau de mariage de vos parents
Je le gardais toujours sur ma robe de soie rouge.

Je vous le donne en guise de porte-bonheur pour votre long voyage
Gardez-le toujours sur vous
Vous pouvez le perdre en cours de route et je m’en fiche
Mais ne l’accrochez pas sur la robe d’une autre femme.    


La coutume selon laquelle une femme mariée devait suivre son mari pour vivre chez lui avec les parents de ce dernier, a débuté en Corée avec l’encouragement de la famille royale, à partir de la fin de 16ème siècle. Mme  Hu était la première génération de femmes ayant dû se plier à cette pratique. Cette nouvelle coutume est restée la norme jusqu'au 20eme siècle. 

Une scène de mariage peinte par KIM Jun Keun au 19ème siècle 

Jusqu’au milieu du 16ème siècle, c’était souvent le mari qui s’installait chez sa femme, sous le toit des parents de cette dernière si la femme était fille unique, ou bien les jeunes mariés s’installaient près des parents de l’épouse (dans le même village ou la même région). 


Une jeune mariée au jour de mariage peinte par Elisabeth  Keith  au début de 20e siècle

Pour une femme du 16ème siècle, vivre sous le même toit que ses beaux-parents n’était pas une cinécure : de nouvelles traditions familiales à apprendre, et beaucoup d’exigences et de codes à respecter. Surtout en cas de disputes ou de désaccords avec un des membres de sa belle famille, elle n’y avait pas d’allié...  

Un demi siècle auparavant (la première moitié du 16ème siècle) dans la même ville, une autre femme de lettre a pu vivre un destin différent. 

Un tableau de SHIM Saimdang
Il s’agit de SHIM Saimdang 신사임당. Elle est en Corée le symbole de la mère idéale (dont un des fils était le plus grand philosophe et  haut fonctionnaire royal du 16ème siècle) et d’une femme épanouie. Elle excellait en peinture et en poésie. Son portrait est d'ailleurs représenté sur le billet coréen de 50,000 Won.

Une peinture de SHIM Saimdang :
Un couple de souris dans un champs de pasthèques


Contrairement à Mme Hu, après son mariage, Mme Shim a pu rester pendant 20 ans chez ses parents, grâce à son mari qui a accepté de respecter la coutume ancestrale, sans suivre avec zèle la directive de l’Etat royal. Pendant ces 20 ans, elle a pu continuer à exercer ses talents et élever ses enfants à son gré...