mardi 29 mars 2011

Fleurs et Infusions coréennes

Sur la vieille branche du prunier, le retour du printemps
Impatient de voir les fleurs éclore,
Mais les dernières neiges de printemps résistent encore  
Les fleurs hésitent encore à se montrer.

Yakryong JUNG (18e siècle)



Une nuit, au cœur de la montagne, tempête de neige.
Un homme, tout seul, poursuit sa lecture
Comme lui et les fleurs du prunier, ensemble sourient 
Ah, une lueur de printemps entre dans le jardin.

Giljun YOO (19e siècle)



L’année dernière, ce même jour, devant l’entrée de cette maison

Votre visage devint rose comme les fleurs de pêcher.
Je ne retrouve plus votre visage,
Les fleurs me sourient toujours à la brise printanière.

Ho CHOI (8e siècle)


En Corée, les fleurs ont toujours été la source d’inspiration de prédilection pour les femmes et hommes de lettres. Outre cette qualité de muse, les fleurs ont été utilisées dans la vie de tous les jours, pour la décoration culinaire ou les infusions. 
Par exemple, des pétales de rhododendrons ou de roses décorant des gâteaux ou des boissons traditionnelles. Certains pétales de fleurs, comme ceux du prunier ou du pêcher, sont appréciées en infusion pour leur beauté mais aussi pour leurs bienfaits.


La fleur de prunier, tant prisée par les lettrés (elle fait partie de 4 amies du lettré) est le symbole de la force et de l’espoir, face à l’hiver qui persiste. Son infusion soulage la sensation de blocage de la gorge, du plexus ou du ventre, causée par le stress. 
Quant à la fleur de pêcher, symbole de la beauté, elle était très appréciée avec raison par les femmes de haut rang, puisque son infusion vient en aide au transit intestinal et à la purification interne du corps.    

lundi 28 mars 2011

Le Lapin et le Tigre (une conte coréenne)

Il était une fois un Tigre affamé qui voulait dévorer un Lapin trois fois plus malin que lui...

Lors de leur première rencontre, alors que le Tigre s’apprêtait à dévorer le pauvre Lapin, ce dernier présenta au Tigre, 11 petits cailloux ronds qu’il avait ramassés, et lui jura qu’ils étaient particulièrement délicieux à manger, mais qu’il fallait les préparer et les cuire jusqu’à ce qu’ils deviennent tout rouge. Le Tigre semblait intéressé par cette proposition alléchante… Le Lapin s’absenta ensuite un moment en disant qu’il allait chercher de la sauce de soja pour accompagner le met délicieux, et que le Tigre devait surtout attendre qu’il revienne avant de les manger ; ce faisant, le Lapin rappela bien au Tigre qu’il y avait seulement 10 parts à partager entre eux. 
Le Tigre se rendit compte alors qu’il y avait en fait 11 cailloux et décida d’avaler, ni vu ni connu, celui qui restait en surplus. Rougis par le feu du caillou incandescent, sa gorge et son estomac s’enflammèrent, et il s’enfuit en rugissant, incapable d’avaler le moindre aliment pendant 1 mois entier…
Un peu plus tard, le Tigre rencontra à nouveau le Lapin et dit qu’il était tellement affamé et en colère, qu’il n’allait faire de lui qu’une bouchée, et que ça en serait fini du sinistre farceur! Cependant, le Lapin lui répondit calmement que pour sa part, il était en train de chasser des moineaux, et que ces animaux-là étaient des volatiles bien goûteux. Il suggéra alors au Tigre de regarder en l’air et d’ouvrir la bouche pendant que lui, rabattrait les moineaux vers sa gueule grande ouverte. 
Convaincu à l’idée du festin à venir, le Tigre fit cela, alors que le Lapin en profita pour mettre le feu aux broussailles alentours. Le craquement des brindilles sèches  s’embrasant, résonna alors dans le ciel comme le vol de milliers d’oiseaux. Le Lapin demanda alors au Tigre s’il pouvait entendre tous ces moineaux voler, puis il détala aussi sec. Le Tigre finit par se rendre compte de la chaleur qui montait, pris conscience de la situation et parvient à s’extirper in extremis des flammes qui commençaient à le lécher de très près. Sa fourrure fut bien roussie et il dut rester plusieurs semaines, tapi dans sa tanière.
Un jour d’hiver, après que sa fourrure ait repoussée, le Tigre partit chasser et rencontra une troisième fois le Lapin farceur. Le Tigre était bien sûr furieux d’avoir été piégé 2 fois. Le Lapin prenant un  air désolé, lui dit qu’il avait juste essayé de l’aider, et lui proposa, pour se rattraper, de l’aider à capturer des poissons. 

Le Tigre, toujours en colère mais finalement sensible aux regrets du Lapin, lui demanda quelle était la méthode qu’il proposait. Le Lapin lui dit alors qu’il fallait simplement qu’il plonge sa queue dans l’eau de la rivière, afin de s’en servir comme d’une canne à pêche. Il lui dit aussi de fermer les yeux et de rester totalement calme et immobile, afin de ne pas effrayer les poissons. 

Le Lapin expliqua alors qu’il rabattrait les poissons vers la queue du tigre, qui pourrait alors les ferrer. Mais bientôt, prise par le froid, la rivière commença à geler. Le Lapin dit au Tigre qu’il fallait qu’il relève sa queue afin de vérifier le résultat. Le Tigre finit par dire que sa queue, prise dans la glace, était trop lourde. Le Lapin s’enfuit alors en  criant bien fort à la ronde, que le Tigre était trop prétentieux et qu’il ne pourrait jamais s’échapper. 

Le matin suivant, les villageois capturèrent le Tigre…

lundi 21 mars 2011

Thé coréen


La lune claire comme une bougie et une douce présence,
Les nuages blancs comme des paravents
Le murmure de l’eau qui bout comme le vent dans les branches de pins
La fraîcheur réveille mon âme.
Avec mes deux amis, le nuage blanc et la lune claire,
Que de joie autour d’une tasse de thé!

ChoEui (Dongdasong - Chants du thé de l'est - 19ème siècle)


Le moine bouddhiste ChoEui, formé à la voie du thé par son ami et Maître, le grand lettré confucéen Dasan (Chong Yag Yong), devient lui-même, au 19ème siècle, un maître renommé de la voie coréenne du thé. 

Il transmet à son tour cet enseignement à de nombreux disciples bouddhistes et confucianistes et devient à cette époque, le symbole du renouveau de cette tradition qui s’était peu à peu perdue depuis plusieurs siècles. 
ChoEui

Il écrit de nombreuses poésies sur le thé, dont le recueil du Dongdasong (Chants du thé de l’est), qui reste comme l’une des plus belles œuvres littéraires coréennes sur la voie du thé.




jeudi 17 mars 2011

Obangsaek (Les 5 couleurs traditionnelles coréennes)


Depuis les temps les plus anciens, le système traditionnel de couleurs en Corée est inspiré par le concept du Eumyang Ohaeng (Yin Yang), et des 5 éléments fondamentaux appelés Ohaeng. Ce système porte la croyance coréenne que le monde prend sa source et ses origines dans le jeu subtil de 2 forces élémentaires et complémentaires, le Yin et le Yang. Ces forces sont également à l’origine de la création des 5 éléments Ohaeng, le Bois, le Feu, la Terre, le Métal et l’Eau. 

Basées sur ce système de forces et d’éléments, les couleurs traditionnelles coréennes sont appelées Obangsaek, ce qui signifie littéralement les couleurs des 5 directions. Ces 5 directions sont le Centre, le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest, et chacune des 5 couleurs est associée à une direction : Le Jaune au Centre, le Bleu à l’Est, le Blanc à l’Ouest, le Rouge au Sud, et le Noir au Nord.

Lorsque l’on entre plus précisément dans la signification de ce système du Eumyang Ohaeng, on découvre que le Jaune symbolise la Terre, qui correspond au centre de l’univers. Le Jaune était la plupart du temps utilisé pour les vêtements royaux, car il était considéré comme l’une des couleurs les plus nobles. Le Bleu, associé au Bois et à l’Est, représente le printemps, période où la vie renaît après la saison hivernale. Il signifie la création et par extension la vie, il est porteur de chance. Le Blanc est le symbole du Métal, de l’automne et de l’Ouest. Le Rouge est associé à la passion, les sentiments et l’action, et il régit notamment le soleil, le feu et le sang. Il est lié au Sud et à l’été, c’est la couleur qui peut exorciser les esprits malins. Enfin le Noir, qui représente l’Eau, l’hiver et le Nord, contrôle la sagesse des hommes.

Les couleurs de l’Obangsaek sont intimement liées à la vie quotidienne des coréens. Ainsi le Rouge est supposé protéger contre la malchance et la peine. Le jour de la cérémonie de mariage en Corée, une jeune mariée porte sur les joues un maquillage rond et rouge ; des piments rouges sont enfilés sur un fil doré, et disposés autour du pot de sauce de soja. Lors du solstice d’hiver, un talisman de couleur rouge était attaché au montants de porte, et du Patjyuk (marmelade de haricots rouge) était aspergé dans tous les coins de la maison.

Le rôle des 5 éléments dans  les voeux de Bonne Santé et de Longue Vie, se révèle également dans le Hanbok (habit traditionnel coréen) aux couleurs de l'arc-en-ciel, que portent les enfants lors de leur premier anniversaire, et durant les vacances. On retrouve les mêmes symboles à propos des garnitures aux 5 couleurs disposées sur les nouilles, lors des fêtes traditionnelles. 


Les couleurs puissantes et lumineuses de l’Obangsaek sont aussi souvent utilisées dans la confection de tous les petits ustensiles ou objets de la vie quotidienne ; en particulier, les Bojagi réalisés en patchwork illustrent magnifiquement la beauté de l’Obangsaek. En plus de la recherche de l’esthétique et de l’harmonie, les anciens coréens ont très largement utilisés ces couleurs comme symboles efficients de la pensée du Eumyang. Ce ne sont pas de simples couleurs, mais les médiums de la Chance et de la Protection.