lundi 16 janvier 2012

Le Solstice d’hiver – Un autre nouvel an coréen

Dans plusieurs cultures, le solstice d’hiver marque un évènement important par son symbole de renouveau du cycle solaire.  La Corée ancienne lui accordait également une place majeure et diverses coutumes traditionnelles en témoignent.

Dans les temps anciens, les coréens appelaient le solstice d’hiver « Petit nouvel an » 작은설 et disaient souvent que l’on prenait un an de plus le lendemain du solstice d’hiver, et non le jour de l’an (calendrier lunaire et non calendrier grégorien ). On l’appelait aussi « le jour du mariage des tigres » du fait que la nuit étant la plus longue,les tigres étaient très actifs... C’est le jour où la vie renait après une longue nuit. Les poètes chantaient le solstice d’hiver en le comparant aux fleurs du prunier (la première fleur qui apparaît à la fin d’hiver). Ainsi ce jour-là, la pêche et la chasse étaient interdites.    



Au palais royal de la dynastie Joseon (1392–1905), la famille royale organisait une grande fête en compagnie de hauts fonctionnaires du Royaume. Lors de ce banquet, le bureau de la géographie et de l’astrologie distribuait aux invités de nouveaux calendriers et ces derniers en distribuaient à leur tour à leur entourage. 

Une scène de fête royale
Selon les usages populaires, le solstice d’hiver était une sorte de fête de la mère. La belle-fille fabriquait une paire de chaussettes (traditionnelles 버선) et en faisait cadeau à sa belle-mère, tandis que le fils en habit tout neuf amusait sa mère en dansant. 

A droite, une paie de chaussettes traditionnelles.

Lors de la veille du solstice d’hiver, à la campagne, les coréens fabriquaient des objets en tressage (des paniers ou des chaussures d’été) et des Pôkjori. Il s’agit d’un outil tressé de fils de bambou, utilisé pour nettoyer les grains de riz. Une paire de Pôkjori était accroché à la cuisine la veille de nouvel an, pour que le bonheur du nouvel an y fasse son nid!... Les gens de la ville pouvaient s’en procurer auprès des vendeurs ambulants qui arpentaient les ruelles toute la nuit.

Pôkjori tressé et une bourse en tissu ;
ces deux objets sont accrochés dans les pièces des maison
pour attirer le bonheur. 
La longue nuit du solstice d’hiver était aussi une nuit de gourmandise. A l’époque où le congélateur n’existait pas, on gardait des kakis bien mûrs au grenier pour que leur peau puissent geler. Rassemblés autour d’un réchaud dans une chambre, les enfants les dégustaient comme une glace, en prêtant l’oreille aux contes dits par la grand-mère.

Crédit photo : KIM Yong Il

C’était aussi le jour où on réglait des problèmes de voisinage ou des malentendus avec un ou des membres de la famille, en prenant ensemble du Pâtjook - une soupe rouge foncé très épaisse au haricot azuki (tout petit haricot rouge consommé en Asie de l'Est), agrémentée de petites boules de pâte de riz.

Haricot azuki

Chacun prenait la quantité de boules correspondant à son âge à venir. Certains enfants en prenaient beaucoup en espérant grandir plus rapidement (!). On pensait que de mauvais esprits étaient très actifs en profitant de la nuit la plus longue de l'année, et que la présence de la couleur rouge pouvait les chasser. Cette soupe est toujours accompagnée du Dongchimi - Kimchi acidulé et doux à base de radis blanc et du jus de poire, voir le billet "Kimchi" - très frais.

Crédit Photo : KIM Yong Il

Dans les cultures tempérées, les solstices — comme les équinoxes — sont souvent utilisés pour marquer les saisons : ils peuvent servir à délimiter le début de l'été et de l'hiver, ou bien à marquer le milieu de ces deux saisons. L'origine de Noël remonte à un rite païen lié à la célébration du solstice d'hiver. Les traditions chrétiennes ont remplacé cette tradition des feux de joie de la fête du solstice d'hiver. Noël vient du latin Natalis (dies). C'est (le jour) natal... et représentait l'anniversaire de la naissance du Sol Invictus. La fête de Saint Jean d'hiver met à honneur le solstice d’hiver. C’était aussi une tradition celte importante chez les druides en Bretagne. C’est aussi une fête (d’origine Perse) très populaire en Iran.  



J’aimerais manger le Pâkjook de ma mère
Agrémenté de délicieuses boules de pâtes de riz gluant

Le jour du solstice d’hiver, dans mon enfance
Je prenais des boules selon mon âge

Petit, espérant devenir adulte plus tôt
Je mangeais beaucoup de boules de pâtes

Maintenant plus d'une cinquantaine
Trop de boules à mange...

Pour éviter de prendre de l’âge
Je mange peu de Pâkjook, mon plat adoré.
  
LEE Moon Cho (poète contemporain coréen)