mercredi 25 juillet 2012

Cet été, découvrez quelques nouvelles littéraires coréennes…


Sous le soleil, pour changer un peu d’habitude, emportez dans votre valise ce petit recueil de 8 nouvelles toutes écrites par des écrivaines coréennes : « Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée » Editions ZULMA.


Dans le paysage littéraire coréen, la place des nouvelles est primordiale. A l’instar de Maupassant ou Daudet en France, les écrivains coréens publiaient leurs œuvres au travers de journaux quotidiens ou de revues, moyennant une rémunération. De plus, certains grands quotidiens ou revues (même féminines) organisent des concours littéraires dont le plus connus est le prix littéraire du printemps 신춘문예.


La publication du premier prix littéraire du printemps en 1928.

Depuis le premier prix en 1928, la majorité des journaux quotidiens coréens (8 journaux nationaux et 9 journaux régionaux) continuent à perpétuer cette tradition grâce à laquelle de nombreux nouveaux talents ont été découverts. En raison de la limite de surface du support, les œuvres littéraires concernées sont : la nouvelle, la poésie moderne et traditionnelle, le conte (pour les enfants) et la pièce de théâtre. 

Anthologie des oeuvres primées par différents journaux 

Même encore de nos jours, on peut affirmer sans beaucoup se tromper, que tous les écrivains coréens débutent par cette voie, en y publiant leur première œuvre. Quant aux romans, ce sont les maisons d’éditions ou les organismes culturels qui organisent des prix depuis les années 1960. 

Un des prix les plus prestigieux : le Prix de YI Sang
(Poète coréen  1910 - 1937)

Une nouvelle d’excellente qualité vous emporte dans une aventure humaine incroyable, qui se déploie seulement sur entre 4 et 20 pages. L’intrigue, la volte-face et le dénouement apaisant ou saisissant, sont condensés dans une seule et même nouvelle.

Les 8 nouvelles de « Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée » ont été regroupées dans ce recueil afin de faire découvrir les diverses facettes de vie à la coréenne, à travers des regards ‘féminins’.

4 ecrivaines de la génération dite des  'Ecrivains féminins des années 90'

La moitié de ces 8 écrivaines fait partie de la génération dite ‘Ecrivains féminins des années 90’ : une décennie où la Corée a vu une montée en puissance de jeunes écrivaines. Ces dernières (nées presque toutes dans les années 60) ont été plébiscitées par des prix littéraires, et réclamées par le public. 

Livre de SHIN Kyong Suk en anglais, en coréen et en français

L’écrivaine coréenne SHIN Kyong-Suk (dont ses trois livres sont traduits en français : « Chambre solitaire », « Li Chin », « Prends soin de maman ») qui a débuté en 1993, est considérée (malgré elle !) comme l’étendard de ce groupe.

SHIN Kyong-Suk

Les 3 autres écrivaines font partie de la génération marquée par la guerre de Corée (1950 – 1953), et par la tradition confucianiste en déclin mais néanmoins persistante. Parmi elles, la grande dame PARK Wan-Suh (1931 – 2011) a témoigné sans relâche à travers ses œuvres, de la tragédie de la guerre, la mutation de la société coréenne, la condition des femmes coréennes et surtout la bêtise et la cruauté de la nature humaine.

A droite : PARK Wan-Suh

La dernière et la plus jeune parmi ces 8 femmes est KIM Ae-Ran (née en 1980). Découverte en 2003 par le biais d’une revue littéraire, ses nouvelles et romans ont rencontré un grand succès en Corée. Son style plein d’humour est léger et ses personnages sont tous des anti-héros qui gardent leur chaleur humaine malgré la difficulté du quotidien et la brutalité de la société. Un critique littéraire renommé a même écrit son billet sous le titre « Est-il possible de ne pas aimer KIM Ae-Ran ? ».

KIM Ae-Ran

Voici un un court extrait du livre publié 
sur le site Lechoixdeslibraires.com :

" Le tranchant du couteau de ma mère avait hérité de la tranquille assurance de ceux qui ont passé leur vie à faire à manger aux autres. Pour moi, ma mère était une femme ni pleurnicharde, ni coquette, ni soumise, elle était celle qui avait toujours un couteau à la main. Belle, rayonnante de santé, elle était capable d'engloutir des eomuk, cette pâte de poisson qu'on mange sur les trottoirs, même lorsqu'elle s'était mise sur son trente et un. Cela faisait plus de vingt-cinq ans - presque autant que mon âge - qu'elle maniait le même couteau. A force de couper, trancher et hacher, la lame s'amincissait, et, dans le même temps, je mâchais, mastiquais et avalais, et mes entrailles, mon foie, mon coeur, mes reins poussaient à toute vitesse. Avec ce que ma mère me donnait à manger, j'avalais les traces laissées sur les ingrédients par son couteau. Au plus profond de mon corps sont gravées ces marques, elles circulent dans mes veines et me blessent. C'est pour cela que le mot «mère» me fait mal. Il porte une douleur que je ressens physiquement.

Ma mère l'affûtait souvent, son couteau, surtout quand il lui fallait fendre la carapace des crabes regorgeant d'oeufs au mois d'avril ou sectionner les cuisses des chiens. Alors, deux ou trois fois par semaine, parfois plus, elle sortait sa pierre à aiguiser pour affiler la lame. Accroupie sur le sol en ciment de la cuisine d'où montait en permanence une odeur d'humidité fétide, ma mère, pour affûter son couteau, se lovait en une sorte de grosse boule comme le font toutes les mères des animaux. Son T-shirt tiré vers le haut par ses bourrelets laissait paraître la raie des fesses au-dessus du slip... Spectacle qui me laissait entrevoir la disparition future de tout un peuple. Peut-être était-ce à cause de la langue de ma mère, celle de ces gens vivant dans un trou perdu d'un petit pays comme la Corée. Tout peuple a besoin de sa langue propre, les tigres du Bengale ont leur langue, ceux de Sibérie en ont une autre. Avec l'âge, j'ai réalisé que ma mère avait sa langue à elle. Et qu'elle était vouée à disparaître - tout comme les plus beaux paysages. Dans la plupart des cas, la mère décède avant ses enfants, emportant avec elle sa langue vieillotte. Voilà le genre d'idées saugrenues qui me traversaient l'esprit chaque fois que je voyais ma mère affûter son couteau. "

Lien vers la maison d’édition ZULMA, cliquez ici



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