mercredi 22 août 2012

Histoire du cinéma coréen - Part II


La mascotte des Jeux Olympiques de Séoul.
Les années 80 ont été profondément marquées par cet évènement.
L’ouverture politique et la croissance économique des années 80 ont évidemment influencé l’industrie du cinéma coréen. Des sujets divers et variés ont été exploités grâce aux réalisateurs qui savaient produire des œuvres de qualité mais aussi des films plus commerciaux.



Les 3 feuilletons qui ont durés plus de 20 ans...
1/ L'histoire des villageois à la campagne, qui était regardée par toute la population
2/ Feuilleton historique
3/ Feuilleton ciblant la jeunesse

A cette époque, les acteurs commencent à travailler pour les feuilletons de télévision (qui prendront de plus en plus de place dans le paysage audiovisuel coréen), et aussi pour les spots publicitaires.

Les spots commerciaux ont attiré de grandes actrices 

Si on prend les dix premiers films du box office des années 80 (en nombre d’entrées dans les salles de cinéma), le thème central de la moitié des films les plus plébiscités était la sexualité (érotico-porno soft).

Les posters de ces films érotico-porno que l'on a pu voir partout...

Pendant cette décennie, on a vu naître un grand acteur national, aimé à la fois par le public et par les critiques : AHN Sung Ki. Le succès de cet acteur était dû évidemment à ses prestations artistiques, mais également au changement d'appréciation par la société, de l’image masculine. L’image de M. AHN rayonnait l’intelligence, la fragilité, la réflexion…tout le contraire des valeurs du régime des généraux autoritaires (encore) au pouvoir ! 

A gauche : AHN dans un film des années 80 ; a droite : AHN  d'aujourd'hui

Le film « Gorae sanyang – Chasse à la baleine » de 1984 dans lequel M. AHN a joué le rôle principal, a créé une grande mode de voyage vers la mer de l’Est. Il s’agissait d’un road-movie de trois jeunes gens marginalisés de la société conformiste, partis à la recherche de leur propre chemin de liberté

Affiche du film

Malgré la gravité du sujet, son ton léger et chaleureux a attiré un large public. La chasse à la baleine signifiait la poursuite d’un rêve irréalisable, du genre espérer décrocher la lune...    

Un extrait du film

Parmi d’autres sujets, les films de lycéens et d’étudiants eurent aussi un grand succès, malgré l’interdiction aux moins de 18 ans (quel paradoxe!) pour certains d’entre eux !...

Les 3 films de "teenagers" qui ont marqué la jeunesse coréenne de l'époque

Certains films qui traitent du Bouddhisme ont attiré l’intérêt de festivals étrangers. Les deux films du grand réalisateur LIM Kwon Taek, « Mandra » et « Aje aje Bara aje » ont posé la question de la religion et de la spiritualité. 

Les 3 films qui racontent des personnes à la recherche de la spiritualité

Cette décennie a aussi produit des films ‘révolutionnaires’ qui mettaient en scène la difficulté du prolétariat et l’injustice sociale.

Affiche du film "La veille d'une grève"

Ce paysage cinématographique foisonnant a reçu un coup d’arrêt en 1988. La distribution directe sur le marché coréen de la filiale du distributeur américain UIP (qui représentait les 4 grands producteurs américains - MGM, UA, Universal, Paramount) a été autorisée. Face à ce mastodonte international qui menaçait la survie de la production du cinéma coréen, les cinéastes ont mené une bataille ardue en organisant des manifestations sans fin. Lors de la première projection d’un film hollywoodien distribué directement par l’UIP, certains cinéastes activistes ont même lâché des serpents dans une salle de cinéma à Séoul !...

Manifestations des cinéastes

Contrairement à la prévision catastrophique (la fin du cinéma coréen), à partir du milieu des années 90, on a pu pourtant constaté le succès populaire des films coréens, mais aussi une abondance de créations originales locales. C’est aussi à cette époque, que les grandes entreprises coréennes ont commencé à investir dans l’industrie du cinéma en y apportant les capitaux nécessaires. Ces producteurs-distributeurs coréens ont notamment permis aux réalisateurs de produire des films à gros budget.

Les logos de producteurs-distributeurs coréens

Connu grâce à ses films d’auteur, le réalisateur LIM  Kwon Taek a produit deux films  à grand succès (nombre d’entrées dépassant le million), sans précédent : « Janguneui Adeul - Le fils du général » en 1990 et « Sopyonje » en 1993. Si on a vécu en Corée dans ces années là, il n’était pas possible de ne pas les voir ou de ne pas en entendre parler...

Le réalisateur LIM

Le premier est un film d’action qui se déroule sous l’occupation japonaise. Il s’agissait de la véritable histoire d’un homme. Etant fils d’un résistant coréen assassiné par la police japonaise, cet homme fut le chef d’un gang combattant la colonisation, le groupe 'Yakuja'.



Le deuxième est un film dramatique qui a met à l'honneur le Pansori (il s’agit d’un long chant traditionnel coréen) à travers les difficultés d'une famille de musiciens. C’est une adaptation réussie de l’œuvre de l’écrivain du ‘Les gens du Sud’, LEE Cheong Jun (YI Ch'ognjun) *.

La protagoniste féminine devient aveugle pour mieux saisir le son....

Un autre film « Histoire d’un mariage » a ouvert une brèche vers le genre de la comédie romantique à la sauce coréenne.

Un jeune couple pas comme des autres 

Malgré l’accusation de plagiat du film français « Les Ripoux », le film comique « Two Cops » a été apprécié par le public coréen, en confirmant la qualité commerciale des réalisations de KANG Woo-Suk.


Certains films originaux ont marqué l’histoire du cinéma coréen de l’époque.
Des débats passionnés autour du film « Neoégue Nal Bonaenda - Je vais vers toi » de JANG Sun Woo qui a remis en question le problème de la censure relative au sexe.

Les 2 films polémiques du réalisateur JANG
dans lesquels l'acteur et le politique (maintenant) MOON Sung Keun (photo à gauche) a joué.
Le film de comédie noire de YEO Kyun Dong « Sesang Pakeuro – Hors ce monde » a transformé le langage employé par les acteurs dans des scènes cinématographiques (les gros mots et les insultes en abondance...) en racontant l’histoire de deux jeunes prisonniers évadés, et d'une femme prise en otage.

L'acteur Moon (à gauche) y a joué le rôle principal.
Acteur de "gauche", il a joué un rôle important dans la démocratisation de la Corée...

Le film biographique « JEON Tae-Il » en 1995  retrace la vie tragique d’un jeune ouvrier-activiste des années 60, en lui rendant ainsi le juste hommage qu'il méritait.



Conncernant le cinéma coréen de la deuxième moitié des années 90, on ne peut pas en parler sans citer le nom d’un acteur : HAN Seok-Kyu

De différents films à succès de HAN

Il était présent dans presque tous les films à succès, quel en soit leur genre : comique, romantique, dramatique, thriller… Le succès du film « Le Contact » de 1997 a surpassé celui de « Soponje ». Le film décrit un amour né à travers des communications 'en ligne' (avant même l’utilisation massive de l’Internet en 99 !)

"Le Contact" à l'époque du modem

C’était aussi à cette époque où les deux réalisateurs fétiches des critiques étrangers, MM. HONG Sang-Soo et KIM Ki-Duk ont présenté des films d’auteur, en apportant une véritable fraicheur dans le paysage du cinéma coréen.     

A gauche : "Crocodile" de KIM Ki Duk
A droite : "Le jour où le cochon est tombé dans un puit" de HONG Sang Soo

En 1999, le film d’action « SWIRI » (en français : Shiri) a permis au cinéma coréen de prendre sa revanche sur le film de Cameron « TITANIC » sorti en Corée l’année précédente. 



Il met en scène des agents secrets de deux Corées - avec un regard nouveau (plus humain) sur l’agent nord-coréen. Il a réussi à attirer 6 millions de coréens dans les salles (pour mesurer ce succès, il faut tenir compte des deux éléments. 1/ la population coréenne était de 48 millions ; 2/ La grande majorité des spectateurs avait entre 19 et 35 ans. Après l’âge de 35 ans, la fréquentation des salles de cinéma chute radicalement).    
                  
Extrait du film "SWIRI"
En 1996, le festival international du film de Busan a ouvert ses portes et est devenu au fil du temps, l'un des festivals incontournables sur le continent asiatique. 



Il donne l’importance évidemment aux films qui parlent de l’Asie (géographiquement parlant : du Moyen-Orient au Japon en passant la Russie) quelque soit la nationalité des réalisateurs. En 2011, les films de 70 nationalités différentes y ont participé, et des films d’Iran, des Philippines, du Japon, d’Inde, d’Italie et de Corée ont été primés. Comme le festival de Cannes, il est aussi une grande plateforme d’achat-vente des films, et le RDV des stars et des réalisateurs.

Photos du festival

Notre billet de l’histoire du cinéma coréen s’arrête au tournant du nouveau siècle. On pourrait dire simplement que le paysage cinématographique coréen de ces douze dernières années était trépidant, fertile et généreux. Voici les affiches des films coréens du premier semestre de 2012 qui ont attiré au total 80 millions de spectateurs, malgré le développement excessif du mobile et de l’Internet, qui permet à l’utilisateur de voir les film en streaming (et donc gratuitement!). 




Bonus : 

1/ "Gorae sanyang – Chasse à la baleine" 
Cette chanson de SONG Chang Sik (1975) était présente tout au long du film.  Le Clip est un peu délirant... Cliquez-ici.   

2/ « Sopyonje »
Le chant traditionnel Jindo Arirang chanté par les acteurs : cliquez-ici

3/ « Le Contact »
Quelques extraits du film avec la bande originale : cliquez-ici.



* Le roman de YI Ch'ongjun 
"Les gens du Sud" est publié chez Actes Sud



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